RAFAËL Kubelík

Rafaël Kubelík est né en 1914 au cœur de l'Europe, au cœur de Prague, au cœur du plus vieux quartier de la ville. Et au cœur d'une famille de musiciens. Com­ment aurait-il pu échapper à sa vocation ? Son père Jan Kubelík était le plus grand violoniste de son temps, une sorte de Paganini bohémien. C'est pour­tant le piano qu'apprendra la jeune Rafaël . « Pianiste amateur» dït-il modestement. Assez doué cependant pour accompagner à l'occasion son violoniste de père. Assez doué également pour venir donner un concert à Paris avec l'Orchestre de Munich à l'invitation des Chevaliers de Malte. Assez doué enfin pour recevoir le Grand Prix des Discophiles pour son enregistrement du « Journal d'un disparu » de son compatriote Janáček.

Mais sa vraie vocation se manifeste très tôt et s'affirme d'emblée : celle de chef d'orchestre. A dix-neuf ans, Rafaël Kubelík dirige dans sa ville natale son premier concert et prend aussitôt la direction de l'Orchestre Philharmonique Tchèque. Mais la guerre puis l'après-guerre vont faire de lui un exilé. Pendant des années il va promener sa baguette de pèlerin dans le monde entier. Londres le retiendra pendant trois ans en qualité de directeur musical de Covent Garden. Et pour cause. Il y a rencontré la célèbre soprano Elsie Morison qui deviendra bientôt sa deuxième épouse. Paris lui fera un accueil triomphal lorsque Rafaël Kubelík, sous le signe de la croix blanche à huit pointes de l'Ordre de Malte, vient donner un concert « malhérien » à la tête de « son » Orchestre Radio symphonique bavarois, une formation de cent-quatorze musiciens, créée en 1949 qui se fit très vite une réputation internationale sous la direction d'Eugen Jochum. Rafaël Kubelík lui a succédé en 1961 et a conduit au Festival d'Osaka en 1965, pour sa première sortie outre-mer et au Japon, cet orchestre qui s'enorgueillit d'avoir été dirigé par le vieux Richard Strauss, Igor Stravinsky et tous les grands chefs.

« Janus bifrons » de la musique, Rafaël Kubelík est toujours très discret sur une activité qui pourtant l'accapare et le passionne : la composition. Pour pouvoir s'y consacrer, il limite volontairement et impérativement le nombre de ses concerts annuels. Il a déjà à son catalogue plusieurs symphonies, de la musique de chambre et religieuse, des lieder et trois requiem dont un à la mémoire de sa première femme, un autre à celle de tous les morts de la guerre. Il a aussi à son actif cinq opéras dont un opéra biblique : « Veronica». Ce goût de la composition, il l'a en commun avec un autre « géant » de la direction d'orchestre trop tôt disparu : Wilhelm Furtwängler. Ils ont aussi en commun leur silhouette élancée, tou­jours légèrement penchée en avant, leur manière personnelle de diriger, leur tendance à laisser aux musi­ciens la bride sur le cou tout en tenant fermement les rênes, leur foi dans les émotions spontanées et le « hasard créateur »

La baguette de Rafaël Kubelík est taillée dans un bois tendre et flexible. Les musiciens du monde entier le savent bien qui apprécient son autorité souriante. L'entente cordiale, la confiance réciproque tissent entre eux les fils d'une subtile complicité. Rafaël Kubelík n'a pas l'étoffe d'un « tyran». Comment le pourrait-il avec ses yeux si bleus, son menton à fossettes, son grand front de penseur auréolé de cheveux soyeux et vagabonds ? N'ayant aucun penchant pour la vanité, il pratique au contraire volontiers l'autocritique qui lui permet d'entretenir des relations « démocratiques » avec les orchestres qu'il dirige. Il veut être avant tout un rassembleur des individualités spécifiques des musiciens. Mais le «hasard créateur » n'exclut pas le souci de la forme, la fidélité scrupu­leuse à la partition. Rafaël Kubelík y souscrit aussi bien dans les oeuvres classiques et romantiques que dans les oeuvres modernes. Il l'a prouvé en assumant la création de l'oratorio de Schoenberg : «.L'échelle de Jacob ».

Rafaël Kubelík adore voyager. Il a donné récemment vingt-trois concerts aux États-Unis à la tête de l'Orchestre Symphonique de Chicago. Il participe régulièrement aux Festivals de Salzbourg, de Vienne, de Lucerne Rafaël Kubelík, familier du succès, est un joueur d'échecs impénitent. Il a à son actif une impressionnante discographie et a été lauréat de nombreux prix internationaux. Paris lui a réservé un jour une surprise qui l'a touché au cœur : un enregistrement du violon de son père qui fut pour lui une émouvante découverte.

 Louis SÉRANNE

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